*/*/*/*: JMC Vs GLS, interview croisée :

Si son album actuel évoque ses relations anciennes avec les Brigades Rouges, son 3 pouces à venir [chez 3patttes Records vous l'aurez compris] abordera quant à lui les limites de la démocratie.
Entretien avec un sage, immortel, raoutien, ami chez lequel j'ai donné de nombreuses discussion, au cours desquelles j'ai visité l'âme de célèbres femmes évanouies.

Conversation sur deux divans,
du fil d'or aux ourlets,
Ave Giscard.


Les limites de la démocratie, parlons-nous d'un vaste concept ou bien s'agit-il de cette chose pantelante, la congrégation de nains de jardins qui nous gouverne.
En d'autres termes l'Immortel s'intéresse-t-il encore à la politique?

GLS : Oui, je dois dire qu’en tant qu’Ex, qu’en tant que Survivant, je m’y intéresse et je pose cette question : quelles limites sommes-nous prêts à accepter pour la démocratie? Je les repousse pour ma part au-delà des pots-de-vin, des diamants, des dictateurs confortés et des confrères dessoudés.
Pour ma part, je ne vote pas mais qu’est-ce qu’un vote face à l’Immortalité ? Je regrette par ailleurs qu’il y ait si peu de politique dans le monde de la musique électronique car tout est politique, y compris les électrons et les potentiomètres. Sachez-le : je suis parti mais je reviendrai un jour en ce royaume et les accordéons joueront dans les cieux l’air de damnation de tous les politicards qui s’éclatent aujourd’hui sur de la dance-music.


Giscard, ça va bien, j'aime cette manière que vous avez de représenter le style 3patttes, je parle d'un album qui n'est pas encore sorti, est-ce bien du journalisme, comment ça va Giscard?

GLS : Ça va bien, je viens de terminer ma lecture de Paris-Turf sur le comptoir du Chiquito et quelle n’est pas ma surprise quand je vois que certains jouent l’as placé dans la cinquième, on se demande dans quel monde nous vivons, mon bon monsieur… Quant au journalisme, c’est une profession que je n’ai jamais adulée car ses gênantes prouesses (selon moi) n’ont jamais cassé trois pattes à un canard (souvenez-vous de l’affaire Boulin dans laquelle avait dû se débattre mon pauvre et courageux Ponia). A propos de pattes, en avoir trois évoque en effet souvent une atmosphère condensée, strictement dense et espacée et dont la noire froideur musicale arrive peu à celer l’horreur diffuse qui en permanence y sourd. D’aucuns nommeront cela de la musique de maniaque, libre à eux…

Question à un esthète, à l'arrière de votre berline, quelles sont les musiques qui savent encore vous émouvoir?

GLS : Je m’émeus à la vérité à maintes musiques. Pour ce qui est de la musique dite classique, mes émotions vont de Ravel, Fauré et Debussy à Dvorak, Hindemith et Schmitt, pour n’en citer que quelques uns. Mais Son Auvergnaté apprécie aussi Coltrane, Bill Evans, Devo, Exploited, GBH, Art Zoyd, Laibach, Higelin, Ferré, Brassens, Wacek, Alain Goraguer, les Djins et BS 2000. Je les écoute dans mon Ami 6 commerciale sans ceinture de sécurité mais avec des arceaux devant les phares arrières. Je mets la musique dans le magnéto-cassette noir et orange posé sur le siège en skaï encore brûlant de la place du mort. Ensuite, nonobstant le brouillard, je fonce seul dans le crépuscule étoilé vers mon destin présidentiel renaissant, appuyant exagérément sur l’accélérateur (90km/h dans les descentes) jusqu'à mon réavènement final à la tête d’un hexagone à jamais centriste et franchouillard.


Vous proliférez, c'est merveilleux, mais comment vous trouvez le temps?

GLS : Le temps, je ne le trouve pas ou plutôt, je n’en déniche que trop peu. Il m’échappe et si je prolifère, c’est que les forces centristes jaillissent en moi en de violentes saccades industrielles ou expérimentales que j’ai grand mal à réprimer. Est-ce au bénéfice des électeurs de la chaîne des Puys, seule l’histoire le dira. Il faut bien avouer que dans mon appartement de la Porte de la Muette, fabriquer de la musique pour les éboueurs et les sidérurgistes est un art difficile qui demande morgue et fantaisie. N’oublions pas que je fus que président de la France de 1974 à 1981.


Le disque de ma mémoire est plein, est-ce que vous en avez un de rechange à me prêter?
[Autre manière de voir la question, quel regard/oreille vous jetez sur le monde c'est-à-dire vos oeuvres, passées/présentes\futures]?

GLS : Oui, j’ai un Seagate de 160 Go en rab mais ça fait trois semaines qu’il est à l’arrière, dans le coffre de l’Ami 6 ; or ça chauffe à donf sur le parking du magasin Coop où je l’ai garée. Je vous le fais à 150000 anciens francs parce qu’il n’y pas de petits profits et que, mince, je suis auverpin que diable ! A prendre ou à laisser… Je n’ai pas de regard précis par ailleurs sur mes œuvres de jadis, naguère et à venir. Ça vient comme ça peut et ça peut pas toujours terriblement. On fait avec. Désolé de ne pas développer plus ma réponse, je ne sais pas à vrai dire quoi ajouter d’autre… Voilà, voilà. Ah sinon, j’ai un truc pour vous… Tenez, prenez ça, ça vous permettra de vivre de nombreuses soirées palpitantes avec la crème de notre société, celle des gens de goût, de ceux qui ont le sens des valeurs.

Conclusion élitiste et gaie, Giscard le survivant m'offre un badge à son effigie, un passe-partout pour les soirées très privées dont il a le bon goût de nous gratifier, quelques amuse-bouche en prémices aux agapes, nous en resterons sur ces échanges, une voiture m'attend en bas, la soirée ne fait que commencer.

[Sur le parvis, une SM noire, un chauffeur impeccable].